Boules de nerfs. Sensibiliser aux inégalités de genre en lycée par l’expression des colères

Publié par Charlotte Vampo le 06 juin, 2025

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Contexte

Dans cet article sous forme de retour d’expériences pour la revue En marges, l’anthropologue Charlotte Vampo revient sur une activité menée avec des élèves de lycée professionnel en 2023-24. Elle est intervenue à la demande du lycée professionnel de région parisienne sur « les inégalités entre les filles et les garçons » lors d’un atelier de 2 heures.

A partir de l’expression de ses propres colères sur l’inégale répartition des tâches et du travail entre les hommes et les femmes dans sa famille, elle a initié une discussion sur le travail gratuit, le travail domestique et le caractère multiforme du travail. L’échange a permis ainsi de faire du lien entre l’expérience vécue, les émotions et l’analyse. L’idée était aussi de permettre une conscientisation collective de l’ordre dominant et la manière dont il affecte les ressentis, les corps, les intimités. Le partage autour des écrits a permis par exemple d’aborder les insultes, leur place dans le quotidien, le poids des mots et la place des femmes, des mères, dans ces insultes.

Cette activité constitue une sensibilisation aux inégalités et aux discriminations.

Elle a aussi utilisé cette activité en amphi avec des étudiant.es en anthropologie, en début de semestre pour introduire au cours et créer un cadre de confiance.

Activité d’emboulement

Elle présente de cette manière l’exercice proposé : Je leur ai proposé également de partir de ce qui les mettait en colère afin de les faire entrer par la porte du sensible dans la thématique des rapports de pouvoir et des constructions sociales. J’ai intitulé cette activité « boules de nerfs », en référence positive notamment à une expression qui peut stigmatiser habituellement les personnes qui ne tiennent pas en place en cours ou qui sont constamment en colère. Ce jour-là on avait le droit de l’être.

Concrètement, j’ai distribué des papiers jaunes, tels que les deux présents en introduction. Je leur ai demandé de déposer sur la feuille ce qui les énervait, soit par la pensée (pour les personnes qui ne sont pas à l’aise avec l’écrit et pour s’éloigner des normes scolaires) ou avec leur stylo. Je n’ai pas donné d’exemple, bien que ma colère initiale sur le travail gratuit des femmes ait pu orienter des réponses. Ensuite, les élèves ont mis en boules leur papier et les ont jetées à distance dans une poubelle. 

Les boules ont été ouvertes après coup, lorsque j’étais seule à mon domicile. Pendant la séance, on s’était accordé, d’une part, de ne pas les lire en classe et d’autre part, qu’il m’était autorisé de le faire plus tard. Personne ne s’est opposé à ces deux propositions. Ce fut l’occasion d’introduire la notion de consentement.

Dans l’article, elle présente d’abord les motifs de colère et les préoccupations des adolescent·es, avec leurs mots. Les vécus des violences et des discriminations les imprègnent. Elle défend par ce biais la construction plus fréquente d’espaces d’échange dans l’enceinte scolaire, où l’expression des émotions est possible, en rupture avec la dimension viriliste des normes scolaires (mise en avant de la maîtrise, du contrôle des émotions). Elle défend ainsi “une école qui s’adapte aux élèves”.

Quelques papiers de colère des lycéen.nes

« Les insultes, les mensonges »
« Les insultes, les mensonges »

« Les rumeurs »
« Les rumeurs »

« Les hypocrites, les profs qui te râlent dessus pour rien, les gens qui frappent pour rien, les radins, finir à 16h30, être accusé pour rien. »
« Les hypocrites, les profs qui te râlent dessus pour rien, les gens qui frappent pour rien, les radins, finir à 16h30, être accusé pour rien. »

« Les pères qui foutent rien à la maison. Les homophobes, grossophobes, les racistes et tout. Les bdh » BDH = Bandeur ou bandeuse d’hommes signifie les traîtres, les gens qui n’ont pas de loyauté, un dragueur ou une dragueuse. »
« Les pères qui foutent rien à la maison. Les homophobes, grossophobes, les racistes et tout. Les bdh » BDH = Bandeur ou bandeuse d’hommes signifie les traîtres, les gens qui n’ont pas de loyauté, un dragueur ou une dragueuse. »

« L’école »
« L’école »