Dans le cadre de l’école élémentaire, j’ai conduit une recherche-action avec des enseignant•es en pédagogie Freinet sur la répartition de la parole entre les filles et les garçons au sein de conseils de coopérative. Il s’agit de situations d’autogestion qui me permettaient d’interroger l’imprégnation des rôles de sexe chez les enfants. Nos premiers constats s’inscrivaient dans la lignée des travaux scientifiques menés sur la question. D’une part, les rapports sociaux s’installent si aucune mesure n’est prise pour lutter contre, l’égalité n’est pas acquise a priori. D’autre part, les garçons parlent deux à trois plus que les filles en fonction du conseil observé. Ainsi, des mesures de gestion de parole ont été mises en œuvre dans le but d’augmenter celles des filles, et (parfois) limiter celles des garçons. Bien que certaines puissent présenter des limites, elles ont contribué à réduire l’inégale participation sexuée : des tests statistiques ont montré leur efficacité.
Fixer un nombre maximum de prises de parole
Objectif : Durant une séquence d’enseignement ou un débat, cette mesure consiste à limiter la parole de certain•es étudiant•es dans le but de laisser l’opportunité aux personnes qui parlent le moins d’investir davantage l’espace sonore.
Mise en œuvre : Vous pouvez cocher une liste des prénoms ou un trombinoscope.
Apport : Elle permet de libérer de l’espace pour les personnes qui parlent le moins.
Limites : Bien que les tests statistiques aient permis de montrer que cette mesure permette de réduire l’écart entre les filles et les garçons, ils établissent aussi qu’elle n’est pas suffisante pour atteindre l’égalité. En effet, les garçons parlent toujours plus que les filles, et l’espace libéré est majoritairement investi par les filles de milieux sociaux favorisés.
Utiliser une liste de priorité
Objectif : Donner la parole en priorité aux personnes qui n’ont pas encore participé.
Mise en œuvre : Réaliser plusieurs colonnes sur une feuille ou un tableau visible de toustes. Lorsqu’une personne demande la parole pour la première fois, son prénom est inscrit dans la première colonne. Son prénom est inscrit dans la colonne suivante si elle demande à nouveau la parole. Durant les échanges, la priorité est toujours donnée aux prénoms qui sont inscrits en première colonne.
Astuce : Organiser avec les étudiant•es la gestion de l’outil (séquences concernés, responsabilité tournante…).
Apport : Permet de lutter contre l’ensemble des rapports sociaux (sexe, race, classe, âge…).
Limites :
- Implique une certaine gestion de l’outil
- Nécessite une attention particulière aux demandes de parole
S’inscrire en amont pour présenter un projet
Objectif : Officialiser la prise de parole. Lors de séances sous le format de pédagogie de projet et que les étudiant•es sont à l’initiative d’idées, il semble important de pouvoir leur donner la possibilité de s’inscrire en amont des échanges.
Mise en œuvre : Placer une feuille en libre accès ou un espace en ligne sur lequel les étudiant•es peuvent s’inscrire en amont.
Apport : Cette mesure participe à réduire la loi de celui qui parle le plus vite ou le plus fort.
Limite : Il ne s’agit pas d’une mesure qui concerne le volume de prises de parole.
Pour aller plus loin
Anka Idrissi, N., Gallot, F. et Pasquier, G. (2018). Enseigner l’égalité filles-garçons. Dunod. Collet, I. (2015). Faire vite et surtout le faire savoir. Les interactions verbales en classe sous l’influence du genre. Revue internationale d’ethnographie, 4, 6-22.
Jarlégan, A. (2016). Genre et dynamique interactionnelle dans la salle de classe : permanences et changements dans les modalités de distribution de la parole. Le français d’aujourd’hui, 2(193), 77-86.
Marro, C. et Pasquier, G. (dir.). (2019). L’égalité des sexes en débat à l’école et en formation [numéro thématique]. Genre, Éducation, Formation, 3.
Pasquier, G. (2016). Du contrôle de ses actions à l’implication des élèves : la mise en place d’une gestion égalitaire de la prise de parole entre les filles et les garçons par des enseignant-e-s d’école primaire. Dans A. Léchenet, M. Baurens et I. Collet, Former à l’égalité : défi pour une mixité véritable (p.275-287). L’Harmattan.